L’entretien des étangs : un enjeu majeur pour les chasseurs de gibier d’eau
Les étangs constituent des milieux fragiles dont l’équilibre conditionne directement la qualité de la chasse au gibier d’eau. Leur entretien dépasse largement la simple dimension esthétique ou patrimoniale : il s’agit avant tout d’une gestion écologique et durable, indispensable pour prévenir la dégradation des écosystèmes et maintenir l’attractivité du site.
Limiter l’eutrophisation et l’envasement
Un étang non géré tend inévitablement à perdre de sa richesse.
- Envasement : l’accumulation de matière organique (feuilles, végétaux morts, déjections) réduit la profondeur d’eau nécessaire aux canards plongeurs.
- Eutrophisation : les apports excessifs en nutriments favorisent la prolifération des algues et des plantes filamenteuses, réduisent l’oxygène dissous et perturbent tout l’écosystème.
Solutions possibles :
- Curage périodique pour extraire mécaniquement les vases,
- Vidange raisonnée afin d’oxygéner le fond et de casser certains cycles biologiques,
- Zones tampons et bandes enherbées pour limiter les apports en nitrates et phosphates,
- Méthodes biologiques innovantes : introduction de consortiums bactériens spécialisés capables de dégrader et de minéraliser les sédiments organiques, permettant sur le long terme de réduire l’épaisseur de vase et d’améliorer la qualité du fond.
Lutter contre les plantes aquatiques envahissantes
Certaines espèces exotiques (jussie, myriophylle du Brésil, élodées) colonisent rapidement la surface des étangs. Elles réduisent les zones d’eau libre, gênent l’alimentation du gibier d’eau et nuisent aux herbiers aquatiques autochtones plus favorables.
Solutions possibles :
- Méthodes mécaniques classiques : arrachage, faucardage, gestion hydraulique par assecs,
- Méthodes écologiques et biologiques :
- utilisation de préparations bactériennes qui concurrencent ou dégradent les matières nutritives nécessaires à ces invasives,
- recours à des inhibiteurs naturels de photosynthèse qui ralentissent le développement excessif des espèces invasives sans nuire aux plantes locales.
- Prévention : nettoyage du matériel et des embarcations pour éviter les introductions accidentelles.
Favoriser l’oxygénation et la qualité de l’eau
L’oxygène dissous de l’eau est un paramètre clé de la vie aquatique. Son absence favorise la décomposition anaérobie, les mauvaises odeurs, la mortalité piscicole, et rend l’étang peu attractif pour les oiseaux plongeurs.
Solutions possibles :
- Gestion des niveaux d’eau au fil de l’année (abaissements printaniers, remontées estivales, hivernage plus profond),
- Maintien d’entrées et sorties fonctionnelles et décolmatage des fossés,
- Ceintures de roselières qui stabilisent le milieu et filtrent les intrants,
- Technologies de soutien : installation de systèmes d’aération ou de diffuseurs afin de limiter la stagnation, améliorer l’oxygénation et prévenir les phénomènes d’anoxie estivale.
Diversification des habitats
Un étang entretenu est attractif parce qu’il offre une variété de milieux complémentaires :
- zones d’eau libre pour le repos et l’envol,
- herbiers aquatiques nourriciers pour le gagnage,
- roselières comme refuge et lieu de reproduction,
- prairies humides périphériques offrant des ressources pour les limicoles et autres espèces.
Des aménagements complémentaires comme des îlots de nidification, des radeaux flottants ou la gestion des digues et vannes renforcent cette valeur écologique et cynégétique.
Un bénéfice direct pour la chasse… et pour la biodiversité
Grâce à ces pratiques combinées (curage, gestion hydraulique, interventions biologiques et innovations techniques), l’étang retrouve un équilibre naturel. Il devient à la fois plus accueillant pour le gibier d’eau — offrant gagnage, repos et refuge — et bénéfique pour de nombreuses autres espèces (amphibiens, libellules, hérons, rapaces, limicoles).
Conclusion
Entretenir un étang, c’est bien plus que le « garder propre ». C’est mettre en œuvre une gestion complète :
- lutter contre l’envasement et l’eutrophisation,
- limiter les invasives par des méthodes mécaniques et biologiques,
- maintenir une bonne oxygénation grâce à la gestion hydraulique et aux systèmes d’aération,
- diversifier les habitats pour la faune aquatique et terrestre.
Ainsi, les chasseurs jouent un rôle de véritables gestionnaires d’espaces naturels. En s’appuyant à la fois sur les méthodes traditionnelles et les solutions écologiques modernes (bactéries, inhibiteurs biologiques, aération), ils garantissent la qualité des chasses futures tout en préservant la richesse écologique de ces zones humides indispensables.
